Sauver l’euro va tuer l’Europe

Instaurer l’euro était une ânerie économique, s’obstiner à le conserver est une folie, qui va détruire l’Europe. Car ne nous y trompons pas : les premières manifestations de germanophobie que l’on observe en France ne sont pas des réactions épidermiques sans lendemain. Il suffit d’observer ce qui se passe en Grèce, en Espagne ou au Portugal pour comprendre qu’elles vont s’étendre chez nous aussi.

Un constat tout d’abord : les Allemands n’ont aucun intérêt à faire exploser la zone euro. Car ils en profitent grandement : il suffit d’observer les excellents résultats qu’ils obtiennent depuis une dizaine d’années. Quant à imaginer qu’ils l’ignorent, il faut une belle dose de prétention. Surtout de la part de notre élite politico-administrative, qui a imposé l’euro aux Allemands en contrepartie de leur réunification, mais qui n’a toujours pas compris les subtilités de fonctionnement d’une monnaie unique, comme le montrent nos mauvais résultats depuis que nous avons adopté l’euro.

Si les Allemands s’opposent à une intervention massive de la Banque Centrale Européenne, c’est qu’ils pensent que cela ne résoudrait en rien le problème. Selon nous, ils ont totalement raison. Car nous n’avons pas affaire à une crise de l’endettement, mais à une crise de la perte de compétitivité d’un certain nombre de pays de la zone euro. Dont la France. Leur endettement, sur lesquels les financiers braquent leurs projecteurs pour occulter la réalité, ne sont que la conséquence de leurs déficits commerciaux extérieurs. Et, tant que les déficits commerciaux de ces pays ne seront pas ramenés à zéro, leur endettement continuera de croître.

On comprend que l’Allemagne se méfie des engagements de rigueur budgétaire que prennent les pays en difficulté, pour répondre à la demande des marchés. Car rétablir les équilibres extérieurs par la rigueur est un traitement très douloureux, qui permettra peut-être de contenir les dettes et satisfaire les financiers, mais au prix d’une récession profonde assortie d’un chômage massif.

A l’inverse, l’abandon de l’euro permettrait de rétablir la compétitivité de manière bien moins douloureuse. Alors, pourquoi nous obstiner ? Certainement pas pour retrouver des taux d’intérêt bas. Il est vrai que l’euro a permis aux pays de la zone de bénéficier de taux d’intérêt réduits pendant des années. Mais c’est grâce à l’incroyable myopie des marchés financiers, qui gobaient les incantations de Jean-Claude Trichet. Cela en dit long sur leur clairvoyance. Mais ils ont fini par comprendre : la Grèce n’est pas l’Allemagne. Et pour retrouver ces taux réduits, il faudra désormais … ne plus avoir besoin d’emprunter.

Alors pourquoi nous obstiner à sauver l’euro? Une chose est claire: notre élite politico-administrative ne veut pas perdre la face. Mais le prix à payer est démesuré. Le cycle de désendettement dont a parlé le Président de la République à Toulon est en réalité un toboggan vers le chômage. En a-t-il conscience ? Les Français le supporteront-ils ? On comprend que les Allemands en doutent, et nous demandent des engagements irrévocables avant d’engager toute l’Europe sur cette voie.

C’est pourquoi les critiques portées en France sur la position allemande sont infondées. Et elles sont très dangereuses. Car le sentiment germanophobe risque de prendre une ampleur incontrôlable si l’on continue de faire croire aux Français que l’Allemagne est responsable des sacrifices considérables qu’on s’apprête à leur demander. Pour sauver la face, ne tuons pas l’Europe.

                                                                                  Daniel Fédou

Immigration et protection sociale

 

A lire vos réactions à notre dernier billet, plus critiques que d’ordinaire, nous devons vous apporter quelques éclaircissements.

Notre association Entreprise Emplois, constituée pour l’essentiel de chefs d’entreprises soumises à la concurrence internationale, essaye de se cantonner strictement au domaine économique. Car c’est celui dans lequel nous pensons avoir une certaine compétence et nous espérons pouvoir apporter aux débats des analyses constructives. Pour autant, nous n’ignorons pas que des sujets tels que la démographie ont des composantes non économiques d’une grande importance. Simplement, nous estimons qu’il ne nous appartient pas d’en parler.

C’est pourquoi, quand nous avons écrit que l’Allemagne a raison, nous nous placions sur le seul plan économique. Pour éviter tout malentendu, nous aurions d’ailleurs dû écrire que la France a tort. Elle a tort, compte-tenu du déficit actuel de sa balance courante, de penser que l’immigration peut l’aider à résoudre ses problèmes économiques.

En revanche, si l’on déborde du seul domaine économique, décider si l’Allemagne a tort ou raison est une question d’appréciation. En effet, puisque sa balance courante est très excédentaire, elle pourrait se permettre de compenser la faiblesse de sa natalité par l’immigration. Nous constatons qu’elle ne le fait pas – ou plutôt qu’elle ne le fait plus. Et nous en déduisons que l’Allemagne ne commet plus l’erreur d’analyse économique que la France commet encore.

Cette erreur se manifeste de différentes manières. Le dernier Médiateur de la République, M. Jean-Paul Delevoye, vient de déclarer que l’immigration en France était nécessaire pour faciliter l’équilibre des comptes sociaux. En l’état actuel des choses, cette affirmation est fausse.

Il est vrai que l’immigration permet d’abaisser l’âge moyen de la population. Il est vrai aussi qu’une population plus âgée coûte plus cher en dépenses de santé. Mais dans la situation actuelle de notre pays, un habitant de plus se traduit par un chômeur de plus, comme nous l’avons montré dans notre billet précédant. Et un chômeur de plus n’aide en rien à résorber les déficits sociaux. Il les aggrave au contraire, car il ne cotise pas et a des besoins sociaux.

Cela reste vrai pour le financement des retraites, auquel pensait certainement M. Delevoye. L’immigration rajeunit certes la population ; mais cela ne sert à rien. En effet, le paramètre qui compte n’est pas le ratio entre les jeunes et les seniors, mais entre ceux qui travaillent et ceux qui ne travaillent plus. C’est pourquoi la seule manière d’améliorer le financement de notre protection sociale et de nos retraites est d’améliorer l’emploi. Donc d’exporter davantage et/ou d’importer moins, pour les raisons que nous avons largement développées dans ce blog et que nos élites économiques et politiques n’ont toujours pas comprises.

                                                                                         Daniel Fédou loupe3.png

L’Allemagne demain.

 

Vous avez été nombreux à réagir à notre dernier billet. Nous avons été heureux de constater que l’idée fausse selon laquelle la TVA sociale serait une mesure injuste disparaît. Nous n’y reviendrons pas, pour l’avoir déjà entièrement contestée dans ce blog. Mais plusieurs d’entre vous se sont fait l’écho d’une autre idée fausse, très répandue : l’Allemagne mangerait actuellement son pain blanc; son évolution démographique la condamnerait à des lendemains douloureux.

De fait, l’Allemagne compte actuellement 20 millions d’habitants de plus que la France. Or, selon les dernières projections de l’ONU, elle devrait se retrouver à notre niveau en 2050 : sa population passerait de 82 à 70 millions, la nôtre de 62 à 67. Faut-il y voir l’effet d’une natalité insuffisante en Allemagne? Sans doute, puisque depuis 20 ans, la France connaît un accroissement naturel de 200 000 personnes par an environ [1], pendant que l’évolution naturelle allemande est une diminution annuelle de 100 000 personnes.

Mais c’est aussi le résultat d’une volonté politique résolue. Les chiffres de l’immigration le montrent clairement. Car ces derniers ne résultent pas des décisions prises par les couples dans le secret des alcôves ; ils traduisent une volonté nationale. Or, si le solde migratoire annuel est stable en France depuis 20 ans autour de 70 000 immigrants [2], il décroît régulièrement en Allemagne. Elle faisait venir près de 750 000 personnes en 1989, ce chiffre a décru régulièrement jusqu’à 2007, et le solde est même devenu négatif depuis : – 55000 personnes en 2008, autant en 2009.

Qui a raison ? L’Allemagne [3]. Voilà encore un sujet sur lequel la France n’a pas su adapter sa manière de raisonner à la nouvelle donne économique. Pour expliquer pourquoi, nous n’allons pas reprendre ici ce que nous avons expliqué au fil de nos billets précédents figurant sur ce blog. Contentons-nous d’en rappeler la conclusion : ayant perdu notre indépendance monétaire, notre activité économique dépend directement du solde de la balance de nos échanges avec les pays étrangers.

Quel est l’impact de la démographie dans ce contexte ? Une personne de plus se traduit à coup sûr par des importations complémentaires : celles liées à sa consommation – vêtements, médicaments, nourriture… Or, dans la quasi totalité des cas, elle n’apportera aucune exportation complémentaire. Cela va de soi si la personne n’a pas d’emploi ou est employée pour soigner des malades, construire une maison, ramasser les ordures… L’analyse est un peu moins évidente si la personne est employée dans un secteur soumis à la concurrence internationale. Mais dans ce cas, si elle doit respecter les dispositions légales en vigueur sur les rémunérations, les horaires, les conditions de sécurité… elle n’apportera pas d’avantage compétitif notable à son entreprise. A moins qu’elle ne dispose de compétences exceptionnelles.

Ainsi, dans la plupart des cas, et tant que notre balance commerciale est déficitaire, une personne de plus crée un chômeur de plus : lui-même ou celui dont il va prendre la place. Pendant des années, les économistes ont combattu à juste titre cette conclusion malthusienne, car elle était fausse. Mais elle est devenue vraie. C’est ce que l’Allemagne a compris. Notre élite, pas encore.

Il n’est pourtant pas nécessaire de se livrer à des calculs complexes pour comprendre que si nous n’arrivons pas à donner du travail à notre population actuelle, le problème ne sera que plus difficile à traiter avec 5 millions d’habitants de plus.

 

                                                                                         Daniel Fédou

 

[1] les chiffres qui suivent sont ceux qui figurent sur le site de l’Institut National d’Etudes Démographiques: http://www.ined.fr/fr/pop_chiffres/bdd_conjoncture/ . L’évolution naturelle de la population est celle résultant des naissances et des décès.

[2] avec une hausse à 100 000 de 2002 à 2006

[3] On se place du point de vue économique. On n’imagine pas que notre objectif soit d’envahir un jour notre voisin et d’avoir plus de fantassins que lui.

Une comparaison édifiante.

 

On se préoccupe désormais de la divergence économique entre la France et l’Allemagne. A juste titre, car l’affaire est d’importance. Le plus préoccupant est la divergence des balances commerciales avec l’étranger, largement excédentaire en Allemagne, de plus en plus déficitaire en France. Elle annonce une croissance allemande soutenue car libérée de la contrainte extérieure, pendant que la France devra freiner son activité, déjà très faible, pour réduire ses déficits.

Cette divergence flagrante entre les deux pays contredit par elle-même la théorie dont on nous a abreuvés lors de l’instauration de l’euro, selon laquelle une monnaie unique entraînerait la convergence économique des pays qui l’ont adoptée. Cette théorie est totalement fausse, pour les raisons que nous avons données dans un précédent billetloupe3.png, et comme le montrent les faits.

Mais le Président de la République, sans doute imprégné par cette idée comme le sont de nombreux Français, s’est demandé si le problème ne provenait pas de handicaps fiscaux de notre pays. Il a donc invité à la Cour des Comptes à examiner la question. Chou blanc : le rapport très détaillé qu’elle vient de publier [1] montre que les systèmes fiscaux de nos deux pays se sont au contraire rapprochés au cours de ces dernières années. Mieux : ils sont désormais trop proches l’un de l’autre, nous semble-t-il, pour pouvoir expliquer une divergence sensible.

D’où vient alors le phénomène ? Quelques constats suffisent. Nos deux pays ont connu une croissance comparable lorsqu’ils avaient leur propre monnaie, donc adaptées à leurs situations respectives, et lorsque les salaires en Allemagne étaient nettement plus élevés qu’en France. Les 35 heures françaises puis la TVA sociale allemande ont eu raison de cet écart sur les salaires, écart nécessaire compte tenu des spécialisations respectives des deux pays.

C’est ainsi que l’intégration monétaire, le rapprochement des salaires et la convergence fiscale entre nos deux pays se traduit par l’envolée de l’Allemagne et l’effondrement de la France. Ceux qui voient dans l’harmonisation une solution commettent une grossière erreur. Cela vous étonne ? Permettez-moi alors une analogie avec cette belle école de vie qu’est le rugby. Si le petit gabarit de 75 kg essaye de jouer comme les avants de 120 kg, il ne servira à rien. Il ne finira même pas le match. Si au contraire il joue avec ses atouts, s’il exploite son agilité et sa vitesse, il sera peut-être l’artisan de la victoire.

Abandonnons le mythe de l’harmonisation et revenons-en au concret : nous devons impérativement retrouver une compétitivité prix par rapport à l’Allemagne – et par rapport à d’autres pays par la même occasion. Pour ce faire, nous disposons sur le papier de trois solutions: baisser les salaires, quitter l’euro ou réduire les charges de nos exportateurs.

La première solution est selon nous impraticable du point de vue politique. Par conséquent, si nous restons prisonniers d’un euro désormais allemand, et si nous refusons de nous doter d’une TVA sociale, il nous restera les yeux pour pleurer l’époque pas si lointaine où la France, qui s’appuyait sur des compétences techniques réelles et non sur les élucubrations des virtuoses du boniment, était promise au leadership européen, grâce aux positions éminentes acquises par note pays après la deuxième guerre mondiale dans l’énergie, l’aéronautique, le spatial, l’agriculture, la santé, le ferroviaire, l’automobile…

                                                               

                                                                                              Daniel Fédou loupe3.png

 

[1] Pour le lire, cliquer ici.

Mais de quoi parlent-ils?

 

Sur l’initiative de M. Copé, on reparle de la TVA sociale (TVAS). Nous qui proposons cette mesure depuis 15 ansloupe3.png devrions nous en réjouir. Mais ce que l’on entend dans la bouche des uns et des autres est très inquiétant.

Trois « experts » exposaient leur point de vue sur BFM mercredi dernier. Passons sur les exclamations du financier [1], pour qui la seule mesure efficace est de réduire les dépenses publiques – la politique qu’il faudrait suivre est simple pour ceux qui vivent de la Bourse… C’est sans doute pourquoi il n’avait pas vu que la TVAS n’est pas une hausse des impôts, mais un autre mode de financement, qui ouvre au contraire une voie pour réduire les prélèvements obligatoires.

Les deux autres chefs d’entreprises [2] sont favorables à la TVAS. Ils en attendent une amélioration de la compétitivité des entreprises – tel est en effet son but principal. Mais ils y voient aussi une opportunité pour augmenter les salaires nets. Très mauvaise idée. Une hausse de salaires réalisée à l’occasion de la TVAS ne pourrait être que fictive, et serait annihilée par l’inflation. Car il n’y a pas de miracle : un changement d’assiette des cotisations sociales ne peut pas en lui-même améliorer le pouvoir d’achat réel des salariés.

Rappelons-le : le premier effet attendu de la TVAS est d’accroître les exportations et de réduire les importations, et par là de résorber progressivement le chômage. Ce qui permettra d’abaisser les prélèvements obligatoires. Sortie de ce cadre précis, la mesure serait néfaste pour l’économie. 

Ces mauvaises analyses des milieux patronaux – à l’exception des industriels qui voudraient encore garder leurs activités en France – sont le reflet de l’opposition du Medef à la TVAS. On la tue en donnant des arguments à ceux qui disent qu’elle se traduira par une hausse générale des prix. Car cette dernière réduirait en effet à néant l’amélioration de compétitivité recherchée. C’est ainsi que Laurence Parisot, qui prétendait soutenir la TVAS en disant qu’elle permettrait d’améliorer les marges des entreprises, lui a porté un grave coup, consciemment ou non.

Si les raisonnements de ces chefs d’entreprises sont inquiétants, ceux de nos élites politiques le sont encore plus. Car ce sont eux qui définiront les modalités de la mesure, si elle est prise. Prenons trois exemples.

M. Jean-François Copé a lancé l’idée en déclarant : « Il faudrait baisser les cotisations sociales, qui ne sont payées que par quelques-uns, et faire un transfert sur la TVA, qui est payée par tous. » C’est faux. Les chèques pour payer les cotisations sociales sont signés par les entreprises, tout comme ceux pour s’acquitter de la TVA. Et leurs montants sont répercutés intégralement dans les prix de vente aux consommateurs. Ce sont donc eux qui payent in fine. Dans les deux cas.

Mme Martine Aubry de son côté a immédiatement contesté l’idée. Mais en commettant exactement la même erreur. Elle explique sa position en faisant observer que la TVA est un impôt qui frappe davantage les bas revenus. Ce qui, proportionnellement, est exact, parce que la part des hauts revenus consacrée à la consommation est plus faible. Mais elle devrait appliquer le même raisonnement aux cotisations sociales actuelles. Or la situation est la même pour elles. Leur remplacement par la TVAS ne peut donc pas aggraver les inégalités. Comment d’ailleurs cela serait-il possible si les salaires nets et les prix TTC ne bougent pas ? 

Tout aussi inquiétants sont les propos de Mme Christine Lagarde. Certes, parce qu’elle est ministre en exercice, sa parole n’est pas vraiment libre. Mais elle a le choix des arguments. Celui qu’elle a choisi ne tient pas. Dire que la TVAS n’est pas souhaitable en ce moment parce que la croissance française reste fragile et portée surtout par la consommation des ménages n’a pas de sens. Car ce n’est pas toute la consommation des ménages qui tire la croissance, mais seulement celle des biens et des services produits en France. Au contraire, la consommation des produits étrangers la freine. Et la TVAS présente le gros avantage d’amener les ménages à consommer davantage les produits français, en augmentant le prix relatif des produits importés. Donc d’accroître l’impact de la consommation des ménages sur la croissance. 

Ces erreurs ne sont pas le fruit du hasard. Il est clair que nos élites politiques ont pour objectif de combler les déficits publics par des ressources complémentaires. Pour elles, « TVA » est un impôt et «sociale» un habillage pour les augmenter. C’est évident quand M. Copé dit « un point supplémentaire de TVA cela se voit à peine », quand Mme Lagarde déclare « cela entraînerait une hausse immédiate des prix » ou quand Mme Aubry oublie la baisse des cotisations sociales pour ne voir que la hausse d’un impôt.

Ces élites raisonnent toutes de la même manière, celle qu’elles ont apprise à l’école et qui est désormais totalement obsolète. On aura du mal à les en faire changer. Car la remise en question n’est pas leur point fort. Contentons-nous aujourd’hui de proclamer un slogan: non à une hausse des impôts, oui à la TVA sociale, qui est tout le contraire. 

                                                                                          Daniel Fédou loupe3.png

 

[1] M. Guillaume Dard, PDG de Montpensier Finances

[2] M. Vincent Prolongeau, Pt d’Entreprise et Progrès, et M. Christian Poyau, Pt de Croissance responsable.

Enfin une bonne nouvelle !

C’était notre avant-dernier message, publié sur ce site il y a plus d’un an : après avoir fait tout ce que nous pouvions pour convaincre, il ne nous restait plus qu’à attendre que les idées fassent leur chemin.

Notre attente a été longue. Mais elle n’a pas été vaine. Les choses commencent à bouger. Un des économistes français les plus en vue, Patrick Artus, a publié le 2 décembre un article dans lequel il adopte notre manière de raisonner.

Nous vous conseillons de lire ce papierloupe3.png. Reprenant la thèse que j’ai présentée pour la première fois le 16 septembre 2008 au CGEDD sur l’étroite liaison qui existe entre déficits extérieurs des pays et dettes internes de leurs agents, M. Patrick Artus explique de manière très claire les crises grecques, irlandaises … et celles qui vont suivre.

M. Patrick Artus est professeur d’économie à l’Ecole Polytechnique, professeur associé à l’université Paris I -Sorbonne, membre du Conseil d’Analyse Economique et du Cercle des Economistes, Directeur de la Recherche et des Etudes Economiques de Natixis.

Certes, M. Patrick Artus n’est pas infaillible. Il a même émis un certain nombre de pronostics qui se sont révélés clairement faux. Mais il est loin d’être le seul. Car dans leur quasi-totalité, nos économistes, de nos hauts fonctionnaires et donc de nos hommes politiques s’appuient sur une théorie économique qui date de plus de trente ans et n’est plus du tout adaptée à la situation actuelle, notamment à l’existence de l’euro.

M. Artus a une qualité qui est malheureusement devenue rare dans notre pays, où prospèrent les perroquets : il a gardé une attitude scientifique. Le scientifique n’est pas celui qui croit avoir raison. C’est presque le contraire. C’est celui qui utilise une théorie, dont il connaît les fondements et leurs limites, et en développe inlassablement les implications.

Quand il découvre que ces implications ne sont pas conformes à la réalité, il remet en cause sa théorie pour l’améliorer. C’est ainsi que s’est développé l’essentiel du savoir de l’humanité. Par l’humilité dans la quête de la vérité. Et c’est ce que vient de faire M. Artus.

Il sera néanmoins très critiqué. Car, on va bientôt s’en apercevoir, cette nouvelle manière de raisonner met à terre les propos péremptoires tenus depuis trente ans par nos élites. Or, si le scientifique s’enrichit des faits qui le contredisent, le bonimenteur doit paraître infaillible pour ne pas se retrouver nu.

Si je pouvais me le permettre, je conseillerais donc à M. Artus de consacrer un prochain article à expliquer la crise dite des subprimes de la même manière, par la relation entre les déficits extérieurs et l’endettement des ménages.

Il prendra ainsi les devants sur les critiques qui ne vont pas manquer de resurgir. Et il montrera que cette nouvelle manière de raisonner permettra d’éviter bien des erreurs à l’avenir.

                                                                          Daniel Fédou loupe3.png

Taxe carbone et emplois.

La taxe carbone fait apparaître une nouvelle fois nos divergences dans l’analyse des causes du chômage.

Si l’on en croit diverses déclarations officielles, elle relancera l’activité économique et créera de très nombreux emplois dans notre pays – plusieurs centaines de milliers nous dit-on. Personne ne paraît le contester. Comme si chacun admettait l’idée que notre chômage est dû à une saturation des besoins. Et qu’en créant des activités nouvelles, celles liées à la « croissance verte », on créerait des quantités d’emplois.

Cette thèse est évidemment fausse. Allez demander à un RMIste ou à un jeune si ses besoins sont saturés… Comment croire par ailleurs que nous aurions trouvé une taxe qui crée des emplois ? Ce serait un vrai miracle. Auquel aucun autre pays ne semble croire. Certes, dans quelques années, le travail de centaines de milliers de personnes sera lié à la « croissance verte ». Mais des centaines de milliers d’autres auront perdu leur emploi « gris ». Rien n’indique a priori que le solde sera positif.

D’où sortent ces chiffres extraordinaires ? Certainement pas des modèles des économistes, qui nous expliquaient il y a peu pourquoi la TVA sociale ne pouvait pas avoir d’effet significatif sur l’emploi. Parce que la manière de taxer importait très peu. Et que seul comptait vraiment le montant prélevé. Le ministère des Finances reste à l’évidence dans cette optique. Selon les premières estimations qu’il a présentées à la réunion des experts des 2 et 3 juillet, les effets de la taxe carbone seraient très faibles sur l’activité globale, donc sur l’emploi.

Nul doute qu’il aurait souhaité présenter des chiffres plus optimistes, tant le besoin d’introduire un nouvel impôt pour réduire le déficit public se fait pressant. Et la taxe carbone présente de ce point de vue un avantage de taille : ses promoteurs préconisent, avec de bonnes raisons, que son taux soit augmenté chaque année.

Récusons-nous pour autant ces perspectives radieuses sur l’emploi? Pas nécessairement. Car la taxe carbone présente la caractéristique de frapper pour l’essentiel des importations : celles des produits pétroliers. En expliquant comme nous le faisons le chômage par une compétitivité internationale insuffisante, elle peut se révéler favorable à l’activité économique. En effet, en faisant diminuer les importations de pétrole et de gaz, elle réduit les exportations nécessaires pour obtenir le plein emploi, comme on l’expliqueloupe3.png par ailleurs.

De la manière dont nous raisonnons, deux paramètres sont alors essentiels :

-         la réduction de consommation de produits pétroliers, grâce à la hausse de leur prix provoquée par la taxe carbone ;

-         la réduction éventuelle des exportations, due à la hausse des prix de revient nationaux.

Pour que cette taxe soit une chance pour notre pays, il faut que le solde soit positif. Or rien n’est joué en la matière. Même le pire n’est pas à exclure. Tout dépend des modalités d’application.

Il est essentiel de distinguer les entreprises exposées à la concurrence internationale des autres acteurs économiques, ménages et entreprises. Dans ce dernier cas, notre pays peut certainement agir seul et amener sans tarder ces acteurs à se comporter de manière plus écologique. On en obtiendra de surcroît des avantages économiques grâce à la réduction des importations. On bénéficiera ainsi de ce que l’on appelle « le double dividende ».

Pour les entreprises exposées en revanche, la situation est très différente. Augmenter leurs prix de revient indépendamment de nos principaux concurrents réduirait encore notre activité économique et l’emploi. Nous devons donc agir de concert avec les autres pays européens, comme cela a été fait pour le système des quotas d’émission de CO².

Faire cavalier seul serait de plus une erreur du point de vue écologique. Il ne faut pas oublier en effet que tout affaiblissement des capacités exportatrices de nos entreprises se traduira par des transferts de production vers des pays moins ambitieux que le nôtre en matière de réduction des émissions de CO². Donc par des émissions globales pour la planète plus élevées. On pourrait alors écoper alors d’une « double pénalité » : moins d’emplois, plus de CO².

Qu’est-ce que l’avenir nous réserve ? Faute d’avoir eu le temps de convaincre les pouvoirs publics d’adopter notre manière de raisonner, nous craignons le pire. Qu’à l’abri des chiffres fantaisistes sur l’emploi qui ont été jetés en l’air, les modalités de la taxe carbone qui se prépare enfoncent encore davantage notre pays dans le chômage, sous l’oeil goguenard de nos partenaires.

                                                                                 Daniel Fédouloupe3.png

En attendant.

En ouvrant ce site il y 5 mois, notre objectif était d’amener nos économistes à s’intéresser au document qui définit le « chômage de compétitivité« loupe3.png et que nous avons rédigé à leur intention dans leur propre langage.

Nous pensons avoir montré dans nos billets successifs les conséquences de notre thèse si elle se révélait exacte. Les mesures à prendre pour sortir notre pays du chômage de masse seraient en grande partie différentes. Il ne suffirait pas de se polariser sur la flexibilité du marché du travail. Il faudrait d’abord redresser nos échanges extérieurs.

Il nous reste maintenant à attendre leurs réactions.

Nous attendons en particulier celles du Conseil d’Orientation pour l’Emploi, que nous avons saisi depuis la fin janvier et dont, d’après sa brochure de présentation, la première mission est de « formuler un diagnostic sur les causes du chômage ».

Nous attendons aussi celles du Ministère des Finances, dont les compétences en la matière sont grandes, et qui a sans doute intérêt à trouver des voies nouvelles pour redresser la situation de l’emploi.

Nous n’avons pas saisi le Conseil d’Analyse Economique, bien qu’il ait pour mission « d’éclairer, par la confrontation des points de vue et des analyses, les choix du gouvernement en matière économique ». Cela aurait été inutile, puisqu’il examine seulement les travaux qu’il a confiés à l’un de ses membres.

En attendant, et pour répondre aux remarques d’un certain nombre d’entre vous, nous avons rédigé un document simpleloupe3.png, qui reprend notre démonstration de manière compréhensible par tous – du moins l’espérons-nous.

                                                                      Daniel Fédouloupe3.png

Guadeloupe: un cas d’école.

Il y a quelques années, une association nous a invités à animer en Guadeloupe quelques conférences sur les thèses du livre « Exclusion zéro ». Grâce aux nombreux contacts qu’elle a organisés avec les acteurs économiques, nous avons beaucoup appris sur le fonctionnement de l’archipel, à bien des égards surprenant pour un regard extérieur.

Nous avons conservé en mémoire trois données caractéristiques. Même l’eau de table arrivait par bateaux de métropole, alors que la Guadeloupe est une île bien arrosée. La rémunération des fonctionnaires de l’Etat était beaucoup plus élevée qu’en métropole, malgré un environnement à bien des égards plus agréable. Et le patronat local se montrait très peu réceptif à notre discours sur la nécessité de produire sur place.

Apparemment, ces données de base n’ont guère changé. Mais la tension monte.

La Guadeloupe est minée par un sous-emploi impressionnant : un taux de chômage de 22,7% fin 2007 – le site du ministère compétent ne donne pas ceux de 2008, après le début de la crise – et de 55,3% pour les jeunes de moins de 24 ans. Inévitablement, les Guadeloupéens se tournent vers l’autorité suprême, l’Etat. Comment le leur reprocher? Nos banquiers ont fait de même…

De son côté, la métropole a fait ses comptes. Le bilan est affligeant : beaucoup d’argent dépensé, pour créer beaucoup de chômeurs. Pendant que les conséquences financières de la grève menée par le LKP prenaient forme, la tentation d’abandonner la Guadeloupe à son sort se répandait rapidement.

L’incompréhension grandit de part et d’autre. La situation est pourtant simple. Elle illustre jusqu’à la caricature les effets nocifs que peut entraîner une unité monétaire instaurée en ignorant les réalités économiques. Comme on l’a vu,loupe3.png elle a des effets positifs à la condition que la main d’œuvre soit mobile dans la zone monétaire. Sinon, c’est la montée du chômage dans sa partie la moins compétitive.

Or, les départements d’outre-mer souffrent d’un handicap auquel personne ne pourra rien changer : leur éloignement. En outre, la métropole voit ses emplois se diluer dans la zone euro. Elle est donc dans l’incapacité de donner du travail à tous les Antillais au chômage qui seraient prêts à quitter leur île pour trouver un emploi. La théorie des zones monétaires ne peut donc pas s’appliquer.

Si l’on continue sur la voie actuelle, l’issue est inéluctable : c’est la séparation, à mécontentement mutuel. Y en a-t-il une autre? Bien entendu. Pour la découvrir, la France – car c’est elle qui décide – doit d’abord abandonner tout dogmatisme. Celui qui a conduit par exemple à la création de deux collectivités locales, un département et une région, sur le même territoire.

Le nœud du problème n’est pas racial, il est économique. Dans ce domaine, il faut être pragmatique. Or il n’y a pas a priori d’incompatibilité entre l’unicité des lois de la République et une large autonomie économique et financière. Tout est donc encore possible.

                                                                               Daniel Fédouloupe3.png

Que devons-nous faire?

Après une dizaine de billets traitant morceau par morceau nos difficultés économiques, il est temps d’en proposer une synthèse.

Nous faisons de l’emploi la priorité, indépendamment même de toute considération sociale. Il est clair en effet que des personnes qui ne travaillent pas alors qu’elles le pourraient constituent un immense gaspillage : leur oisiveté diminue beaucoup la richesse qui pourrait être produite, et donc consommée. Bien plus que les gaspillages d’argent public qui sont régulièrement dénoncés – dont une bonne partie d’ailleurs est due au fait que les pouvoirs publics préfèrent avoir des fonctionnaires en trop que des chômeurs en plus.

Nous parlons bien entendu de l’emploi global du pays. La disparition d’emplois dans telle ou telle entreprise a parfois des conséquences sociales douloureuses. Il faut les traiter au mieux. Mais du seul point de vue économique, ces disparitions d’emplois ne constituent pas nécessairement un problème. Elles peuvent au contraire être le signe d’une économie qui se fortifie en abandonnant ses branches mortes.

Ce qui permet de faire la différence est le niveau de l’emploi global. Quand le chômage apparaît puis se développe, quand les destructions d’emplois ne sont pas compensées par des créations d’emplois, l’économie du pays est en train de s’affaiblir.

Intervient alors une donnée essentielle : avec des parités monétaires rigidifiées, le plein-emploi ne constitue plus la règle, mais un simple cas de figureloupe3.png. Notre pays est dans cette situation, puisqu’il n’a plus de monnaie indépendante. Le risque – et il est malheureusement en train de se concrétiser – est que les emplois quittent notre pays. Que nous soyons l’Auvergne de l’Europe, pas son Ile-de-France.

Dans ces conditions, que devons-nous faire ? Nous avons donné plusieurs fois notre réponse dans nos billets précédents. Exporter plus, importer moins. Recevoir plus de touristes ou moins partir à l’étranger. Bref, accroître nos recettes et diminuer nos dépenses avec l’étranger.

Car l’emploi global se heurte à la situation de la balance des paiements courants. L’endettement des entreprises, des ménages ou des administrations – qui accompagne inévitablement un déficit éventuel de cette balance - est en effet limité. Cette limite atteinte, l’activité économique ne peut pas se développer. Apparaît alors ce que nous avons appelé le « chômage de compétitivité« loupe3.png.

Il faut donc développer les exportations pour permettre la création d’emplois. Ils apparaîtront pour l’essentiel dans les services et le bâtiment. Mais il se trouve que les exportations passent pour l’essentiel par l’industrie – car par nature, les services s’exportent très difficilementloupe3.png.

Il ne s’agit donc pas d’essayer de sauvegarder chaque emploi dans l’industrie : on en freinerait la compétitivité. Il ne s’agit pas non plus d’aider les autres emplois : ils ont surtout besoin qu’on enlève la contrainte qui les empêche de se développer. Il faut avant tout se concentrer sur les exportations industrielles – et non l’emploi industriel – pour développer l’emploi global – de plus en plus localisé dans les services et le bâtiment. C’est sans doute un peu subtil, mais cela peut quand même s’exprimer.

                                                                                Daniel Fédouloupe3.png